Responsable: >Solène Poyraz

A62 - Usages de la crise en Turquie : discours, mémoires et Controverses

Date : 2022-09-21 | 16:15:00-18:15:00

Évènement : Symposium CriseS

Programme détaillé : cliquer ci-contre
Catégorie :
A
Lieu :
ESCT
Salle :
D12
Responsable : Solène Poyraz
Modérateur·trice :
Discutant·e : Daniel Meier
Les intervenant·e·s :
Gourain Youenn Université Gustave Eiffel
Ledroit Marine EHESS
Ollier Johanna Université Grenoble Alpes
Poyraz Solene EHESS

Crises, langage et discours

A62 - Usages de la crise en Turquie : discours, mémoires et Controverses FR

Salle: D12
Responsable : Solène Poyraz, EHESS, CETOBaC (Paris, France), chercheuse associée à l’IFEA
Discutant : Daniel Meier, Sciences Po Grenoble-Centre de recherches PACT, ( France )

  • Gourain Youenn, Université Paris-Est, LATTS, chercheur associé à l’IFEA, (France) La fabrique urbaine des risques face aux crises: intégration et circulation des connaissances des risques à Istanbul
  • Ledroit Marine, EHESS, CETOBaC et Université de Paris, CEDREF, chercheuse associée à l’IFEA, (France), Quand la crise économique rencontre la crise migratoire : précarité et migrations dans la main d’œuvre agricole en Turquie
  • Ollier Johanna, Université Grenoble Alpes et Sciences Po Grenoble, CERDAP, (France), La « crise migratoire » et la « frontière spectacle » : le cas de la frontière turco-iranienne
  • Poyraz Solène, EHESS, CETOBaC, chercheuse associée à l’IFEA, lectrice à l’université Galatasaray, (Turquie), Mémoires locales de la crise syrienne en Turquie: l’expérience du sud-est 

A62 - Usages de la crise en Turquie : discours, mémoires et Controverses FR

Alors que les médias et le monde académique semblent préoccupés par la question de savoir “où va la Turquie ?”, cet atelier transdisciplinaire souhaite comprendre ce que la Turquie a à dire sur sa propre trajectoire. L’objectif ici est de donner la voix aux jeunes chercheurs et chercheuses amenés à déconstruire ou nuancer à la fois leur objet de recherche mais aussi les discours construits et reproduits à l’étranger sur la Turquie. 
Adoubée d’abord pour son modèle adapté au bon déroulement du capitalisme puis diabolisée pour son hyperactivisme sur la scène internationale, la Turquie est surtout ces dernières années en proie à une crise multiforme qui se traduit dans les domaines économiques, sociaux, politiques, sécuritaires mais aussi environnementaux. Au risque sismique se sont ajoutées la “crise des migrants”, puis la crise économique; autant d’événements qui marquent les discours et les pratiques, poussant la gouvernance de ces risques dans un tournant autoritaire et sécuritaire. Loin de constituer des exceptions alla turca, ces dynamiques montrent que la Turquie (qui n’est pas circonscrite à Istanbul) est inscrite dans un système global en relation constante avec ses voisins et le monde. Les propositions développées ci-dessous ont également pour intention de nuancer des réalités rapidement montées en généralité par les médias avec une volonté de comprendre la Turquie à partir du terrain. 

Responsable : Solène Poyraz, EHESS, CETOBaC (Paris, France), chercheuse associée à l’IFEA
Discutant : Daniel Meier, Sciences Po Grenoble-Centre de recherches PACT, ( France )

  • Youenn Gourain, Université Paris-Est, LATTS, chercheur associé à l’IFEA, (France) La fabrique urbaine des risques face aux crises: intégration et circulation des connaissances des risques à Istanbul
La communication vise à questionner les approches multi-risques dans la fabrique urbaine d’Istanbul à partir des crises auxquelles la ville fait face: la pandémie du Covid-19 et la crise économique. La survenue d’une crise perturbe le fonctionnement urbain et ses individus. Il est d’usage de classer les crises dans des catégories bien distinctes (crises politiques, économiques, environnementales, sanitaires) afin de trouver l’autorité compétente pour les gérer. Cependant, rarement une crise se produit seule aujourd’hui : de nombreux exemples comme la catastrophe de Fukushima nous montrent à quel point les crises sont complexes. La communication suggère ainsi de réfléchir aux risques au pluriel avant que ceux-ci ne se transforment en crises. Elle s'inscrit donc dans une approche multirisque à partir des crises actuelles pour porter un regard sur leur intégration dans les territoires urbains. Croisant les études urbaines et la sociologie des sciences et des techniques, nous considérons l'implication des expertises sur les risques dans les processus du tissu urbain. Si plusieurs risques apparaissent sur un même espace, on observe des conflits d'intérêts et des incompatibilités entre acteurs qui cherchent à les diminuer. A Istanbul, l'atténuation des risques est souvent un processus mené en silo et tend à légitimer les expertises techniques et scientifiques au dépend d’expertises locales et profanes. La plupart des réponses de la fabrique urbaine envers les risques ont pour effet l'exclusion et la marginalisation des personnes précaires. À partir d'études de cas à Istanbul (quartiers de Bakırköy et d'Avcılar), nous verrons comment les communautés locales telles que les centres d'éducation et les comités de quartier se mettent en place pour à la fois diminuer les risques et faire la ville. La circulation des savoirs vers ces communautés locales ouvre de nouvelles perspectives pour faire la ville avec les risques.

  • Marine Ledroit, EHESS, CETOBaC et Université de Paris, CEDREF, chercheuse associée à l’IFEA, (France), Quand la crise économique rencontre la crise migratoire : précarité et migrations dans la main d’œuvre agricole en Turquie
Communément, l’espace agricole est perçu comme périphérique en termes géographiques, mais également dans sa dimension économique, politique et sociale.  Cet espace des marges, ainsi que ses habitants et travailleurs, ne subirait que passivement les conséquences des crises produites dans de lointaines métropoles. Pourtant, dans le cas de la Turquie, l’espace agricole apparaît comme un lieu unique d’articulation des crises économique et migratoire qui traversent le pays. Entre précarisation sans précédents et recours exponentiel aux travailleurs étrangers, l’espace agricole se trouve au carrefour de la « crise économique » que subit la Turquie depuis les lendemains de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 et de la « crise migratoire », souvent perçue comme engendrée par le début du conflit syrien en 2011. Il s’agira alors de montrer dans une perspective sociologique comment la rencontre de deux crises – migratoire et économique – affecte de manière unique l’espace agricole turc. La communication s’intéressera aux conséquences sur les rapports sociaux de la mise en concurrence sur le marché du travail agricole de travailleurs nationaux (d’ethnies différentes) et non-nationaux. La transformation des rapports sociaux de classe, de sexe et d’ethnicité sera analysée à partir d’un matériel empirique témoignant du passage d’une division sexuelle à une division nationale du travail agricole. On s’intéressera également à la manière dont la coexistence de ces deux crises contribue à la restructuration complexe de la hiérarchie sociale dans l’espace agricole turc.

  • Johanna Ollier, Université Grenoble Alpes et Sciences Po Grenoble, CERDAP, (France), La « crise migratoire » et la « frontière spectacle » : le cas de la frontière turco-iranienne
Bien que largement discréditée dans la littérature, l’expression « crise migratoire » continue d’être régulièrement utilisée dans les sphères médiatiques et politiques. Elle permet aux autorités gouvernementales de présenter les flux migratoires illégaux comme une menace extérieure appelant une réponse territorialisée « hors normes », qui se matérialise souvent d’abord aux frontières. Autrement dit, l’expression de « crise migratoire » justifie une plus grande sécurisation de la frontière. La Turquie à elle seule accueille environ quatre millions de réfugiés enregistrés sur son territoire, dont 3,6 millions de Syriens et environ 300 000 Afghans. Dans ce cadre, l’utilisation de l’expression de « crise » migratoire permet à la Turquie, mais aussi à l’Union européenne, d’utiliser les flux migratoires et la politique frontalière sécuritaire comme des outils de négociation. L’objet de cette présentation est d’analyser les effets de l’instrumentalisation de la notion de crise migratoire par les autorités turques sur la frontière turco-iranienne. La mise en scène de la barrière sécuritaire à la frontière peut être analysée comme une forme de « politique spectacle », ayant pour but premier de réaffirmer la souveraineté et l’efficacité de l’État. Pour certain.es auteur.rices, comme la philosophe Wendy Brown, ce regain sécuritaire aux frontières relève plus d’une crise sous-jacente de l’État-nation que d’une menace extérieure.

  • Solène Poyraz, EHESS, CETOBaC, chercheuse associée à l’IFEA, lectrice à l’université Galatasaray, (Turquie), Mémoires locales de la crise syrienne en Turquie: l’expérience du sud-est 
La région du sud-est de la Turquie est historiquement le théâtre de mises en scène variées qui se retrouvent au centre des débats publics: malgré sa position périphérique, ce sont souvent les “événements” dans cette région qui impulsent des politiques nationales de paix ou au contraire de sécurisation. Avec l’éclatement de la révolution syrienne en 2011, cette zone frontière est remise au centre, attirant toutes sortes d’acteurs, de l’humanitaire au terroriste en passant par le militaire et le chercheur. La frontière est d’ailleurs souvent un prétexte pour étudier l’espace et le politique à la fois, d’observer les dynamiques locales qui prennent dans ce contexte un écho national, régional, européen et international. Dans cette enquête de terrain, il s’agit surtout de confronter le discours officiel à celui des acteurs de la frontière, qui la vivent et la fabriquent en gardant bien en tête que l’on n’a pas affaire à une ligne de démarcation mais bien à un espace de flux et de dynamiques. Ainsi, les villes de Gaziantep et Hatay incarnent à la fois des zones de continuum. « Après les événements historiques qui ont eu lieu il y a 100 ans, les événements qui ont commencé en Syrie et la guerre civile qui a fait plonger Idlib dans une situation chaotique, les menaces et les dangers pluriels autour de la sécurité de la frontière turque redeviennent d’actualité », m’explique l’historien turc Enes Demir qui a suivi l’armée turque dans ses premières opérations en Syrie. Cela nous amène à interroger aussi l’histoire et la mémoire officielle de l’Etat turc sur cette région.

A62 - Uses of the crisis in Turkey: discourses, memories and controversies 

At a time when the media and the academic world seem preoccupied with the question "where is Turkey going?", this transdisciplinary workshop aims to understand what Turkey has to say about its own trajectory. The objective of this workshop is to give a voice to young researchers who are led to deconstruct or nuance both their research object and foreign discourses on Turkey. 
First praised for its model adapted to the smooth running of capitalism and then demonized for its hyperactivism on the international scene, Turkey has - in recent years - been in the grip of a multiform crisis that is reflected in the economic, social, political, security and environmental fields. In addition to the seismic risk, the "migrant crisis" and then the economic crisis have all left their mark on discourse and practice, pushing the governance of these risks into an authoritarian and security-oriented direction. Far from being alla turca exceptions, these dynamics show that Turkey (which is not limited to Istanbul) is part of a global system in constant relation with its neighbors and the world. The proposals developed below are also intended to nuance realities that tend to be quickly generalized by the media with a desire to understand Turkey through a ground up approach. 

Person in charge : Solène Poyraz, EHESS, CETOBaC (Paris, France), chercheuse associée à l’IFEA
Discussant : Daniel Meier, Sciences Po Grenoble-Centre de recherches PACT, ( France )

  • Youenn Gourain, Université Paris-Est, LATTS, chercheur associé à l’IFEA, (France), Urban fabrics of risks facing multi-crisis: integration and circulation of risk expertises in Istanbul?
This communication intends to question multi-risks approaches and share of expertises in urban spaces from several crisis happening in Istanbul: the Covid pandemic and the economic crisis. A crisis interferes with urban processes and people and we usually look at it in a very sectorialized way. Some actors are selected to mitigate them. However, crisis is less and less happening alone: many contemporary examples have shown us how crises are entangled at the same time such as Fukushima’s catastrophe. It requires thinking about risks in plural before they turn into several crises. Therefore this communication takes the part of a multi-risk approach to have a look at their integration in the urban territories. Crossing urban studies and sciences and technologies studies, I will observe the implication of crossed-risks expertise in urban fabric processes. Even though several risks appear in one space, we observe some conflicts of interests and incompatibility of actors who mitigate them. In Istanbul, risk mitigation is often a sectorialized process and tends to legitimize technical and scientific expertises upon local and profane one. Indeed, most of the urban fabric responses toward risk mitigation have an effect on excluding and marginalizing precarious people. Starting from case studies in Istanbul (Bakırköy and Avcılar neighborhood), I will investigate how local communities such as education centers and neighborhood committees empower themselves to both mitigate plural risks and make the city. The knowledge circulation toward these local communities open new perspectives to make the city with risks.

  • Marine Ledroit, EHESS, CETOBaC et Université de Paris, CEDREF, chercheuse associée à l’IFEA, (France), When the economic crisis meets the migration crisis: precarity and migration in Turkish agricultural workforce 
The agricultural space is commonly perceived as peripheral in geographical terms, but also in its economic, political and social dimensions.  This area of the margins, as well as its inhabitants and workers, is said to be passively subjected to the consequences of the crises produced in distant metropoles. However, in the case of Turkey, the agricultural space appears to be a unique place of articulation of the economic and migratory crises that are affecting the country. Between unprecedented precarity and the exponential recourse to foreign workers, the agricultural space is at the crossroads of the "economic crisis" that Turkey has been undergoing since the aftermath of the attempted coup d'état of 15 July 2016 and the "migration crisis", which is often perceived as being generated by the start of the Syrian conflict in 2011. From a sociological perspective, it will be shown how the encounter of two migratory and economic crises uniquely affects the Turkish agricultural space. The communication will focus on the consequences on social relations of the competition within the agricultural labor market between national (of different ethnicities) and non-national workers. The transformation of social relations of class, gender and ethnicity will be analyzed on the basis of empirical material showing the shift from a sexual to a national division of agricultural labor. It will also look at how the coexistence of these two crises contributes to the complex restructuring of social hierarchy in the Turkish agricultural areas.

  • Johanna Ollier, Université Grenoble Alpes et Sciences Po Grenoble, CERDAP, (France), « Migration crisis » and « border show » : the case of the Turkish-Iranian borderland
Widely discredited in literature, the expression of « migration crisis » remains frequently used in political and mediatic arenas. It enables governmental authorities to portray migratory flows as an external threat, involving a special territorial answer, especially in border areas. In other words, the expression of « migration crisis » warrants a higher securitization of the border. Turkey alone counts around four million refugees on its territory, including 3,6 millions of Syrians and around 300 000 Afghans. In this context, the « crisis migration » expression allows Turkey, but also the European Union, to use migratory flow and border management as political instruments. This presentation aims at analyzing the effects of this « migration crisis » political instrumentalization by Turkish authorities. The staging of the wall on the border between Turkey and Iran could be understood as a kind of “border show”, with the primary objective to reaffirm the sovereignty and efficiency of the state. For some authors, such as the philosopher Wendy Brown, this resurgence of border securitization is more the result of an underlying state-nation crisis than a simple answer to an external threat.

  • Solène Poyraz, EHESS, CETOBaC, chercheuse associée à l’IFEA, lectrice à l’université Galatasaray, (Turquie), Local memories of the Syrian crisis in Turkey: the south-eastern experience
The South-Eastern area of Turkey is historically the place of various smokescreens which find themselves on the top of public debates: despite its geographical position, the “events” taking place there urge peaceful measures or at the contrary securitization for the whole country. With the launching of the Syrian revolution in 2011, this border space is in the agenda, attracting numerous actors, from the humanitarian to the terrorist including the soldier and the academician. Besides, the border is generally a pretext to study both space and politics, and to observe local dynamics which echo at national, regional, european and international level in our case. In this fieldwork, we aim at comparing the hegemonic discourse to the border’s actors’ narratives, keeping in mind that borders are not straight lines but a continuum area. “After the historical events which took place a hundred years ago, events starting in Syria and the civil war which put Idlib in a chaotic situation, various threats and dangers around the security of the Turkish border is becoming relevant again”, explains the Turkish historian Enes Demir who followed the Turkish army in its operations in Syria. It leads us to question the official history as well as the official memory that the Turkish state has constructed about this region. 

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